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Les tensions géopolitiques influencent les prix des céréales et du colza

Les chargements de blé dans les ports français sont pour le moment à la hauteur pour conserver les parts de marché face à une rude concurrenc.

L’influence de la parité euro/dollar s’est renforcée ces derniers jours et ce, alors que le billet vert continue de chuter. En passant sous les 95, le dollar index vient donc mécaniquement engendrer une hausse de la parité vers les 1,20, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2021.

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Les turbulences qui sévissent sur la scène internationale à la suite des annonces de Donald Trump expliquent en grande partie la frilosité des opérateurs américains, engendrant ainsi ce phénomène de dévaluation monétaire outre-Atlantique.

Le blé face à la pression fondamentale

Les fondamentaux du marché du blé restent globalement lourds sur la scène internationale. Les derniers rapports ont mis en lumière l’état des volumes présents et selon Argus Media, les stocks de fin de campagne chez les principaux exportateurs devraient atteindre 77 millions de tonnes. Un tel niveau n’a pas été atteint depuis la campagne 2009/2010, signe de la lourdeur qui pèse actuellement. Pour autant, face à cela, la demande internationale est soutenue, à l’image des derniers appels d’offres de l’Algérie, de l’Arabie saoudite ou encore de la Tunisie.

La compétition est rude entre les différents exportateurs mais sans surprise, l’Argentine parvient à tirer son épingle du jeu. Il faut dire qu’avec une production record, les exportations devraient passer la barre des 16,5 millions de tonnes. Un tel niveau nécessite de conserver une excellente dynamique toute la campagne et ce, en prenant des parts de marché à la concurrence. Si les chargements dans les ports français sont pour le moment à la hauteur, le défi va être de taille pour les prochains mois.

À cette compétition s’ajoute le spectre d’une baisse de la demande marocaine d’ici l’été, si la météo se confirme dans cette région du monde. Le début de cycle optimal laisse entrevoir une production proche des 6 millions de tonnes, annulant les 4 dernières années où la sécheresse avait sévi. Cela est d’autant plus problématique qu’en cas de baisse des intérêts acheteurs de ce pays, les autres alternatives sont rares. Pour cause sans l’Algérie et avec le risque de ne pas voir la Chine, les exportations françaises pourraient tourner au ralenti durant les premiers mois de la prochaine campagne.

Sur le terrain, les températures glaciales qui sévissent sur les États-Unis sont dans la grande majorité des cas accompagnées de neige, ce qui limite le risque de perte hivernale. Même son de cloche en Russie où les producteurs n’affichent pas de craintes majeures. Ainsi comme à l’accoutumée, la sortie d’hiver sera davantage propice aux commentaires en ce qui concerne les conditions de cultures.

La fermeté reste d’actualité pour l’orge

L’orge française continue de faire parler d’elle avec une prime physique toujours proche des 10 € la tonne par rapport au blé. Cette fermeté est logique au regard de l’excellente dynamique d’exportation recensée depuis le début de la campagne, sachant que les chargements restent encore soutenus. Avec la présence à Rouen de bateaux à destination du Maroc, de la Libye ou encore de la Tunisie, les offres françaises sont bien positionnées. Face à cet afflux de demandes, l’hémisphère sud tente de réagir et ce, dans un contexte de disponibilités confortables.

Avec des récoltes argentines et australiennes à respectivement 5,1 millions de tonnes et 15,5 millions de tonnes selon l’USDA (ministère américain de l’Agriculture), l’objectif d’exportation s’affiche à 12 millions de tonnes. Pour atteindre un tel niveau, il est nécessaire d’être actif dès le début de campagne, ce qui pousse les prix locaux à se replier. Ainsi, l’écart de prix avec les autres origines commence à s’agrandir, espérant attirer la demande à venir. Ce phénomène devrait à terme limiter les intérêts acheteurs pour les offres françaises mais une grande partie du travail a d’ores et déjà été réalisée.

Dans le reste du monde, les nouveaux éléments se font plus discrets et il conviendra naturellement de surveiller l’état de la plaine, même si pour l’heure, rien n’est préjudiciable pour les cultures.

Retour des prix du colza à 480 €/tonne

Après un passage sur le support des 450 €/tonnes il y a quelques semaines, le colza européen parvenait à retrouver la zone des 480 €/tonne, ce qui constitue une résistance majeure. Ce regain de fermeté intervient dans un contexte géopolitique tendu mais également dans un environnement réglementaire qui change rapidement. Les déclarations de Donald Trump visant à développer davantage les biocarburants sont saluées par les marchés.

Dans le même temps, le colza profite de la bonne tenue des cours du tournesol, à l’heure où l’Ukraine peine à se mettre en ordre de marché, logistiquement parlant. Les problèmes énergétiques dans le pays, combinés à la destruction de certaines usines ou de points de stockage, limitent les flux au départ de la mer Noire. Dans ce contexte, certains opérateurs se rabattent sur l’huile de colza, alors plus compétitive dans le complexe oléique.

La montée des tensions en Iran, avec notamment la mise en place d’une flotte militaire par les Américains, est source de fermeté pour le pétrole. Ce dernier se rapproche des 65 $/baril et entraîne avec lui une partie des oléagineux.

Fondamentalement parlant, les opérateurs devront tout de même garder à l’esprit l’ampleur des disponibilités australiennes, alors que le pays a produit 7,2 millions de tonnes pour 5,5 millions de tonnes d’exports annoncés durant toute la campagne. Les flux vers l’Europe vont peu à peu se mettre en ordre de marche, de quoi probablement détendre légèrement la situation sur le Vieux continent. Enfin, le retour des intérêts acheteurs chinois pour le canola canadien à la suite de la visite du Premier ministre est également de nature à soutenir la graine.

La réglementation autour du soja rebat les cartes

Tour à tour, les déclarations de Donald Trump et de l’Agence nationale de l’Énergie aux États-Unis ont soufflé un vent d’optimisme pour les opérateurs du marché du soja. Les perspectives d’une nouvelle règlementation plus favorables à l’utilisation d’huile de soja ont soutenu les cours puisque ces derniers passent la barre des 10,80 $/boisseau sur Chicago.

Le complexe a également salué les achats chinois qui ont confirmé l’intérêt du pays à respecter l’accord de 12 millions de tonnes de fèves ces dernières semaines. La dynamique reste soutenue et permet en partie de compenser le retard pris depuis le début de la campagne. Même son de cloche en tourteaux de soja où les ventes à l’exportation ont atteint 464 000 tonnes.

Sur le terrain, les regards sont portés vers l’Argentine où le mercure est au-dessus des normales. À ces températures élevées s’ajoute une crainte de déficit hydrique, ce qui devrait détériorer les conditions de cultures dans les prochaines semaines. L’importance du pays sur le marché des tourteaux n’est plus à prouver, ce qui alimente les craintes et ce, de Buenos Aires à Cordoba en passant par Santa Fe. Les prochaines semaines seront décisives, alors que la période critique de développement aura lieu mi-février.

(1) société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.

À suivre : Conditions de cultures dans l’hémisphère nord à la sortie de l’hiver ; évolution de la parité euro/dollar ; activité de chargement et de ventes à l’export au départ de la France en blés et en orges ; propos de Donald Trump concernant l’Iran ; météo en Argentine

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